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Président Nkurunziza, redressez la
barre !
Par
Vital Muhanuzi
Depuis les
élections contestées du 24 mai 2010, le pays glisse inexorablement vers le
chaos. Pour contester ensemble des élections qu’ils ont jugées tordues, des
partis de l’opposition se sont
regroupés en une coalition appelée Alliance des Démocrates pour le Changement
(ADC-IKIBIRI). En réaction, le régime de Nkurunziza s’est cabré.
De nombreux membres de l’opposition se sont fait arrêter pour la simple
raison d’appartenir à des partis membres de l’ADC. Toute réunion de l’opposition
est devenue interdite. Apres s’en être pris aux membres ordinaires, le parti au
pouvoir s’en est pris aux cadres de direction des partis membres de l’ADC. C’est
ainsi que sentant de plus en plus proche la menace qui pesait sur lui et sa
famille, Agathon Rwasa, président du parti FNL, s’est mis hors de portée des
sbires du CNDD-FDD qui le talonnaient.
Le jour
fatidique du samedi 10 juillet 2010, l’armée gouvernementale appuyée par des
détachements de la Police Gouvernementale et des milices “ Imbonerakure ” du
CNDD-FDD, s’est adonné à une répression
aveugle des populations civiles vivant dans la zone Ruziba
en commune Kanyosha de la mairie de Bujumbura. On n’a pas lésiné sur les
moyens : des hélicoptères de guerre et la marine étaient de la partie pour
mitrailler des populations civiles qui fuyaient dans les broussailles.
Le prétexte avancé était de poursuite de
prétendus malfaiteurs.
Bien entendu
l’ADC a dénoncé énergiquement ces interventions injustifiables de l’armée.
La réplique n’a pas tardé. Oubliant toute
règle de procédure gouvernementale, la Ministre de la Défense, le général
Germain Niyoyankana, s’est publiquement et par écrit courroucé contre le Députe
Léonard Nyangoma, porte-parole de l’ADC, pour avoir, au nom de la coalition,
dénoncé la répression de Ruziba. Il
tenait absolument à ce que Nyangoma soit arrêté et puni : tel était l’objet de
la lettre qu’il a adressé au Procureur de la République.
Niyoyankana ne
s’est même pas rendu compte que Nyangoma ne parlait pas en son propre nom. La
position qu’il exprimait était prise en consensus avec tous les membres de
l’ADC.
Le général ne
s’est pas non plus embarrassé de suivre la procédure de mise. Normalement la
décision d’arrêter quelqu’un pour transgression de la loi revient au Ministère
de la Justice qui seul détient l’autorité de mettre en branle le Procureur
General de la République. La procédure suivie par Niyoyankana est réminiscente
d’une période de triste mémoire, quand le Burundi était sous le joug de la
dictature militaire.
Par ailleurs
le Ministre de la Défense semble avoir oublié que ses attributions sont de
défendre le pays contre l’agression externe. L’ADC n’avait agressé personne. Au
contraire elle avait dénoncé une agression. La sortie de Niyoyankana était donc
mal placée.
L’immunité
parlementaire de Nyangoma ? Nihil obstat. Le Bureau du Parlement s’en serait
rapidement chargé. De source nous avons appris que sans même prendre la peine
d’appeler Nyangoma pour entendre sa version, le Bureau de L’Assemblée Nationale
se serait déjà réuni pour lever son
immunité. Il avait déjà été victime de cette violation du Règlement d’Ordre
Intérieur de l’Assemblée Nationale du temps où Radjabu
était encore au pouvoir au CNDD-FDD. Le même traitement avait déjà été appliqué
contre l’ex-président Ndayizeye. Les
corps législatifs ne s’embarrassent pas de violer les lois qu’ils ont eux-mêmes
instituées, alors qu’ils devraient être les modèles d’adhésion à la loi.
Pendant ce
temps, concurremment avec le musèlement de l’opposition, le régime CNDD-FDD
s’est envolé allègrement vers les élections présidentielles dont le président
Nkurunziza, candidat unique, s’est servi pour s’octroyer un autre mandat de cinq
ans. Les élections législatives suivies des élections sénatoriales complèteront
le processus d’accaparement de pouvoir absolu du CNDD-FDD
en absence de l’opposition. Peu importe
que plus de 70&percnt de la population l’ait désavoué par son boycott du processus
électoral truffé de tricheries où l’opposition est absente. Tout ce que les
tenants du pouvoir actuel cherchent est un prétexte pour se maintenir au
pouvoir.
Où se dirige
le pays dans un environnement d’intolérance et de pouvoir absolu ? Le régime de
Nkurunziza en profitera pour faire passer
n’importe quelle loi et n’importe quelle modification de la constitution qui lui
plait. L’opposition n’aura pas le droit de piper mot. Est-ce à dire que la
démocratie sera forcée au silence ? Que non ! La democratie muselée est comme
chaudière hermétiquement fermée sous le feu. La pression continue à monter a
l’intérieur jusqu'à ce qu’elle fasse sauter le bouchon. De la même façon, la
démocratie trouvera un moyen de régner au Burundi, avec ou sans la bénédiction
du pouvoir CNDD-FDD. Aucun intérêt n’est vraiment acquis s’il ne l’est pas dans
la stabilité. Aucune stabilité n’est possible sans la démocratie, la vraie,
dépourvue de toute torsion pour produire des résultats préétablis.
Président
Nkurunziza, il est plus que temps de redresser la barre. Le navire s’approche
dangereusement des chutes. Le pouvoir d’achat de la population est en constant
déclin. Les salaires des fonctionnaires sont payes avec des retards de plus en
plus longs. Pendant ce temps les détournements de deniers publics se poursuivent
sans conscience de la part de ceux qui en sont responsables du gouffre qu’ils
creusent dans la capacité de l’état de fonctionner. Et les détourneurs de dire :
„ après moi le déluge « ! N’oubliez pas qu’il est plus facile de causer le
déluge que de le contrôler. Il est fort probable qu’il emportera même ceux qui
l’auront causé.
Au lieu de
remédier à la situation désastreuse, votre réaction est de faire taire ceux qui
la dénoncent. Aussi longtemps qu’elle durera, sa dénonciation ne s’arrêtera
pas non plus. La réaction ne peut s’arrêter qu’après la fin de l’action
qui la cause.
Pour votre
propre stable et durable intérêt et celui de vos collaborateurs, laissez la
démocratie, la vrai, sans torsion, régner au Burundi. C’est la serre dans
laquelle vos intérêts seront bâtis
et prospèreront, même si vous n’êtes pas au pouvoir pour les préserver par la
force.
Respectueusement,
Vital Muhanuzi