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Président Nkurunziza, redressez la barre !

Vital Muhanuzi


Bujumbura, Burundi, 2010-07-25 (Burundi Réalité) - Untitled 4

Président Nkurunziza, redressez la barre !

Par

Vital Muhanuzi

Depuis les élections contestées du 24 mai 2010, le pays glisse inexorablement vers le chaos. Pour contester ensemble des élections qu’ils ont jugées tordues, des partis de l’opposition se sont  regroupés en une coalition appelée Alliance des Démocrates pour le Changement (ADC-IKIBIRI). En réaction, le régime de Nkurunziza s’est cabré.  De nombreux membres de l’opposition se sont fait arrêter pour la simple raison d’appartenir à des partis membres de l’ADC. Toute réunion de l’opposition est devenue interdite. Apres s’en être pris aux membres ordinaires, le parti au pouvoir s’en est pris aux cadres de direction des partis membres de l’ADC. C’est ainsi que sentant de plus en plus proche la menace qui pesait sur lui et sa famille, Agathon Rwasa, président du parti FNL, s’est mis hors de portée des sbires du CNDD-FDD qui le talonnaient.

Le jour fatidique du samedi 10 juillet 2010, l’armée gouvernementale appuyée par des détachements de la Police Gouvernementale et des milices “ Imbonerakure ” du CNDD-FDD, s’est adonné  à une répression aveugle des populations civiles vivant dans la zone Ruziba  en commune Kanyosha de la mairie de Bujumbura. On n’a pas lésiné sur les moyens : des hélicoptères de guerre et la marine étaient de la partie pour mitrailler des populations civiles qui fuyaient dans les broussailles.  Le prétexte avancé était de poursuite de prétendus malfaiteurs.  

Bien entendu l’ADC a dénoncé énergiquement ces interventions injustifiables de l’armée.  La réplique n’a pas tardé. Oubliant toute règle de procédure gouvernementale, la Ministre de la Défense, le général Germain Niyoyankana, s’est publiquement et par écrit courroucé contre le Députe Léonard Nyangoma, porte-parole de l’ADC, pour avoir, au nom de la coalition, dénoncé la répression de  Ruziba. Il tenait absolument à ce que Nyangoma soit arrêté et puni : tel était l’objet de la lettre qu’il a adressé au Procureur de la République.

Niyoyankana ne s’est même pas rendu compte que Nyangoma ne parlait pas en son propre nom. La position qu’il exprimait était prise en consensus avec tous les membres de l’ADC.

Le général ne s’est pas non plus embarrassé de suivre la procédure de mise. Normalement la décision d’arrêter quelqu’un pour transgression de la loi revient au Ministère de la Justice qui seul détient l’autorité de mettre en branle le Procureur General de la République. La procédure suivie par Niyoyankana est réminiscente d’une période de triste mémoire, quand le Burundi était sous le joug de la dictature militaire.

Par ailleurs le Ministre de la Défense semble avoir oublié que ses attributions sont de défendre le pays contre l’agression externe. L’ADC n’avait agressé personne. Au contraire elle avait dénoncé une agression. La sortie de Niyoyankana était donc mal placée.

L’immunité parlementaire de Nyangoma ? Nihil obstat. Le Bureau du Parlement s’en serait rapidement chargé. De source nous avons appris que sans même prendre la peine d’appeler Nyangoma pour entendre sa version, le Bureau de L’Assemblée Nationale se serait déjà réuni  pour lever son immunité. Il avait déjà été victime de cette violation du Règlement d’Ordre Intérieur de l’Assemblée Nationale du temps où  Radjabu était encore au pouvoir au CNDD-FDD. Le même traitement avait déjà été appliqué contre l’ex-président Ndayizeye.  Les corps législatifs ne s’embarrassent pas de violer les lois qu’ils ont eux-mêmes instituées, alors qu’ils devraient être les modèles d’adhésion à la loi.

Pendant ce temps, concurremment avec le musèlement de l’opposition, le régime CNDD-FDD s’est envolé allègrement vers les élections présidentielles dont le président Nkurunziza, candidat unique, s’est servi pour s’octroyer un autre mandat de cinq ans. Les élections législatives suivies des élections sénatoriales complèteront le processus d’accaparement de pouvoir absolu du CNDD-FDD  en absence de l’opposition. Peu importe que plus de 70&percnt de la population l’ait désavoué par son boycott du processus électoral truffé de tricheries où l’opposition est absente. Tout ce que les tenants du pouvoir actuel cherchent est un prétexte pour se maintenir au pouvoir.

Où se dirige le pays dans un environnement d’intolérance et de pouvoir absolu ? Le régime de Nkurunziza  en profitera pour faire passer n’importe quelle loi et n’importe quelle modification de la constitution qui lui plait. L’opposition n’aura pas le droit de piper mot. Est-ce à dire que la démocratie sera forcée au silence ? Que non ! La democratie muselée est comme chaudière hermétiquement fermée sous le feu. La pression continue à monter a l’intérieur jusqu'à ce qu’elle fasse sauter le bouchon. De la même façon, la démocratie trouvera un moyen de régner au Burundi, avec ou sans la bénédiction du pouvoir CNDD-FDD. Aucun intérêt n’est vraiment acquis s’il ne l’est pas dans la stabilité. Aucune stabilité n’est possible sans la démocratie, la vraie, dépourvue de toute torsion pour produire des résultats préétablis.

Président Nkurunziza, il est plus que temps de redresser la barre. Le navire s’approche dangereusement des chutes. Le pouvoir d’achat de la population est en constant déclin. Les salaires des fonctionnaires sont payes avec des retards de plus en plus longs. Pendant ce temps les détournements de deniers publics se poursuivent sans conscience de la part de ceux qui en sont responsables du gouffre qu’ils creusent dans la capacité de l’état de fonctionner. Et les détourneurs de dire : „ après moi le déluge « ! N’oubliez pas qu’il est plus facile de causer le déluge que de le contrôler. Il est fort probable qu’il emportera même ceux qui l’auront causé.

Au lieu de remédier à la situation désastreuse, votre réaction est de faire taire ceux qui la dénoncent. Aussi longtemps qu’elle durera, sa dénonciation ne s’arrêtera  pas non plus. La réaction ne peut s’arrêter qu’après la fin de l’action qui la cause.  

Pour votre propre stable et durable intérêt et celui de vos collaborateurs, laissez la démocratie, la vrai, sans torsion, régner au Burundi. C’est la serre dans laquelle vos intérêts seront  bâtis et prospèreront, même si vous n’êtes pas au pouvoir pour les préserver par la force.

Respectueusement,

 

Vital Muhanuzi



 

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