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Burundi : Une inquiétante politisation des forces de sécurité.

Carlotta Bazumvaryari


Bujumbura, Burundi, 2010-07-21 (Burundi Réalité) - New Page 2

Burundi : Une inquiétante politisation des forces de sécurité.

 

                                                                                                                         Par Carlotta BAZUMVARYARI

                                                                                                                        

Depuis la nuit des temps, l’homme vit dans l’espoir que le bonheur sera au rendez-vous dans les jours à venir. Un prince mongol écrivait en 1675 :

                                                …

                                                Dans des malheurs présents, dans l’espoir des plaisirs,

                                                                Nous ne vivons jamais, nous attendons la vie.

                                                                Demain, demain, dit-on, va combler tous nos vœux ;

                                                                …

Les burundais espèrent toujours voir  la paix, la justice et la solidarité. Mais  ces espérances légitimes s’éloignent chaque jour davantage. Et les derniers évènements risquent de convaincre les derniers optimistes impénitents.

De quoi je veux parler ? Du retour  de l’armée dans le jeu politique.

                                Des forces de sécurité „  au dessus de tout soupçon «.

Au lendemain  des attentats des islamistes somaliens survenus en Uganda le 11juillet 2010, Jean Claude Kavumbagu  écrivait : „ dès ce lundi matin, l’inquiétude était palpable à Bujumbura pour tous ceux qui ont appris ce qui s’est passé hier à Kampala car ils étaient convaincus que si les miliciens shebab voulaient tenter quelque chose dans notre pays , ils y réussiraient avec une facilité déconcertante tellement nos forces de défense et de sécurité brillent par leurs capacité à piller et à tuer leurs compatriotes, plutôt que de défendre leur pays. «

Cinq jours plus tard, il fut arrêté et mis en prison pour „  trahison « (sic).

Dans une déclaration signée de son porte-parole le député Léonard Nyangoma, l’ADC-Ikibiri   sortit  une déclaration datée du 11 juillet, dénonçant une  intervention  de „  l’armée appuyée par des détachements de la police et des milices Imbonerakure du CNDD-FDD «  contre les populations civile s vivant dans la zone de Ruziba, commune Kanyosha.

Le Ministre de la Défense, le Général Germain Niyoyankana vient de porter plainte contre Léonard Nyangoma.

Il est clair, que n’eut été sa qualité de député, Nyangoma aurait été directement mis en prison comme Kavumbagu. Mais ne nous faisons pas d’illusion c’est une question de temps, le temps de donner à son arrestation  un habillage légal.

 

 

 

                                                                    Un retour en arrière ?

 

 Il y a quelques  années, alors que je vivais à l’étranger, un compatriote parvint à faire amener sa nièce du Burundi. Elle était âgée d’à peine 5 ans. Un jour pendant que nous nous promenions, elle s’exclama en disant : „  mais, ici les gens n’ont pas peur des soldats ! «  Elle venait de voir comment la population discutait, blaguait  avec des soldats qui passaient.

A l’époque, c’était dans les années quatre-vingt-dix,  l’armée burundaise était la terreur du peuple. Elle était plus  une milice du parti UPRONA qu’une armée nationale.  Depuis quelques années, l’image avait nettement changé, elle était plutôt une sorte de garde-fous face à un pouvoir aux tendances répressives.  Le Général Niyoyankana avait forcé l’admiration de plusieurs compatriotes et étrangers par son indépendance d’esprit, et son sens du devoir républicain. A plusieurs reprises, il avait rappelé à l’ordre ses frères d’armes qui avaient trop tendance à être plus politiciens que soldats.

Mais que-ce qui a changé ? Pourquoi cette irruption dans les affaires politiques ?

Quant à la police, nous savons que certains généraux à sa tête,  rêvent de la transformer en milice du CNDD-FDD.  Mais le recours aux Imbonerakure, véritable milice  du parti au pouvoir montre que ces policiers  issus des masses laborieuses résistent encore , tant soit peu, aux sirènes partisanes qui voudraient les retourner contre le peuple.

 

                                                            Une république encore „  bananière « ?

 Revenons  à l’intervention des Forces de Défense Nationale du 10 juillet 2010.

Personne ne nie que l’armée est intervenue, pas même  son porte parole. Là où il y a divergences, c’est sur les actions menées par notre armée à Ruziba.

Mais des questions viennent vite à l’esprit :

                                 1°) Dans un pays qui compte 30 000 policiers, quelle situation si grave  nécessitait l’intervention de l’armée ?

                             2°) Qui a donné l’ordre à cette intervention ?                            Cette question n’est nullement superflue pour deux raisons importantes :

-          Le passé récent de l’armée burundaise que j’ai évoqué ci- haut, où elle constituait la terreur du peuple.

-          La constitution du Burundi réglemente scrupuleusement l’intervention de l’armée :

Article 249

Dans les limites déterminées par la Constitution et les lois, seul le Président de la République peut autoriser l’usage de la Force Armée :

          a) Dans la défense de l’Etat ;

           b) Dans le rétablissement de l’ordre et de la sécurité publique

           c) Dans l’accomplissement des obligations et engagements internationaux.

           

Article 250

Lorsque la force de défense nationale est utilisée dans l’un des cas cités au paragraphe ci-dessus, le Président consulte officiellement les instances compétentes habilitées et informe le Parlement promptement et de façon détaillée sur :

       a) la ou les raisons de l’emploi de la force de défense nationale ;

       b) tout endroit où cette force est déployée ;

      c) la période pour laquelle cette force est déployée.

 

Article 251

Si le Parlement n’est pas en session, le Président le convoque en session extraordinaire dans les sept jours suivant l’usage de la force de défense nationale.

 

Est-ce le Président de la République qui a ordonné l’intervention de l’armée à Ruziba ?

Et si c’est le cas, pour quelle raison ?  Et  dix jours après l’intervention, le Parlement s’est-il saisi de la question ?

 

Si des réponses convaincantes ne sont pas apportées à ces nombreuses questions, nous nous retrouvons malheureusement encore dans une République „ bananière « !

 

Des signes avant-coureurs ?

 

Il ne fait aucun doute que le Burundi d’après septembre 2010 sera dirigé par un tandem UPRONA/CNDD-FDD ou plutôt CNDD-FDD/UPRONA             . Or,  il est un secret de polichinelle  que l’UPRONA a encore une grande influence sur certains officiers des Forces de Défense Nationale et que le CNDD-FDD contrôle la police à travers certains officiers issus de ses rangs.

 La collision de l’armée et de la police dans la répression à Ruziba, et la réaction d’une part de la police face à l’article de Jean-Claude KAVUMBAGU et celle d’autre part  du Général Germain NIYOYANKANA face à la déclaration de l’ADC-KIBIRI inspirent une grande inquiétude.

J’espère avec force  que l’avenir me donnera tort, et que mon appréhension n’aura été qu’un vue d’esprit malsain !

Pour le bonheur du peuple burundais ! 

 

                                                                                                                                 21 juillet 2010.



 

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