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Bujumbura, Burundi, 2010-07-21 (Burundi Réalité) -
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Du calme Lieutenant-Général
Par Albanel Simpemuka
Le Ministre de la défense du Burundi, le Lieutenant-Général Germain Niyoyankana,
vient de porter plainte contre le député Léonard Nyangoma, président du parti
CNDD et porte-parole de l’Alliance des Démocrates pour le Changement ADC-IKIBIRI.
Cette plainte est étonnante à plus d’un titre et est symptomatique de l’état
d’esprit du gouvernement en place à Bujumbura. Voici pourquoi.
La première chose qui surprend, c’est la forme que le Ministre donne à sa
plainte. Le Ministre de la Défense et des Anciens combattants, porte plainte
pour imputations dommageables, dénonciation calomnieuse, outrages envers le
dépositaire de l’autorité, tout en citant les articles du code pénal concernés
(252, 255, 378-381). La plainte est adressée au procureur général de la
République, avec copie pour information au Président de la République, au
Président de l’Assemblée nationale, et au premier-vice-président de la
république. En signant sa plainte, le ministre précise bien que c’est „ Pour
l’Etat du Burundi «. La question que l’on se pose, à ce niveau, est de savoir si
le Ministre de la Défense est fondé à porter plainte pour l’Etat du Burundi.
Pourtant, réagissant le 19 à un communiqué du 11 juillet, il a eu le temps de
consulter son conseil juridique. S’il appert qu’il n’a pas qualité d’ester en
justice „ pour l’Etat du Burundi «, il y a lieu de constater l’usurpation de
qualité et classer le dossier sans suite. Mais, par delà cette amalgame
juridique, la lecture de la plainte a de quoi inquiéter.
En effet, l’âge, le grade et la qualité du plaignant autorisent à penser que
c’est un homme trempé, qui mesure la portée des mots et garde son sang-froid
même dans des situations extrêmes. Or, la plainte du Ministre, Lieutenant-Général
affiche un comble d’émotions, de colère et de haine non contenues. On entend en
effet parler de „ campagne systématique de dénigrement extrêmement vexatoire et
attentatoire «, de „ cynisme morbide «, de „ calomnies abjectes, absurdes et
ridicules «, d’ „ allégations incendiaires, graves et totalement fausses «.
Certes, la réplique pourrait sembler à la hauteur de l’accusation. En effet, le
communiqué de l’ADC-IKIBIRI ( pas du député Nyangoma comme tel, celui-ci ne
l’ayant signé que comme porte-parole) disait , au point 2 : „ L’ADC-IKIBIRI
condamne énergiquement le Gouvernement du Burundi qui vient de se rendre
coupable de massacres perpétrés contre sa propre population ; en effet, ces
massacres constituent un crime contre l’humanité et à certains égards,
ressemblent à un acte de génocide, puisque délibérément ciblés sur une partie de
la population qui est accusée de ne pas soutenir le parti au pouvoir. « Le
communiqué demandait „ une enquête internationale indépendante sur les massacres
qui sont en train d’être perpétrés à Ruziba «. Pourquoi le gouvernement n’a-t-il
pas accepté cette enquête impartiale, préférant la voie facile d’une justice
sérieusement contestée ? Pourquoi Niyoyankana ignore-t-il délibérément l’organe
signataire pour indexer le seul député Nyangoma ? Les autres membres de
l’ADC-IKIBIRI ont-ils rejeté la paternité de ce communiqué ? Sinon de quel droit
leur retire-t-il la paternité du texte ? Souci de justice ou stratégie
politicienne de division de la part du plaignant?
Le Ministre plaignant nous étonne à plus d’un titre. Non seulement il prétend
défendre la force de défense nationale, dont l’honneur et l’intégrité seraient
injustement bafouées, mais il affirme également que l’unité des forces de
défense et de sécurité est menacée. D’après Niyoyankana, l’objectif de Nyangoma,
serait „ d’exacerber la colère de la population, d’aliéner la Force de Défense
Nationale d’une partie de la population (sic) et d’inciter cette dernière à la
révolte et de la discréditer auprès de la communauté internationale «. Les
allégations du député „ ne sauraient rester impunies sans mettre en danger la
cohésion des forces de défense et de sécurité chèrement acquise «. De quelle
logique procède cette conclusion ? En quoi une armée républicaine, disciplinée,
respectueuse de la loi mais injustement indexée serait-elle fragilisée par des
déclarations infondées ? Est-elle donc si fragile cette unité ? La vraie
question est de savoir si, oui ou non, „ l’armée gouvernementale appuyée par des
détachements de la Police Gouvernementale et des milices „ Imbonerakure « du
CNDD-FDD, a engagé une vaste opération de massacres des populations civiles
vivant dans la zone Ruziba en commune Kanyosha de la mairie de Bujumbura. « ?
Seule une enquête impartiale pourrait permettre de savoir la vérité. Ce qui est
sûr, c’est que les soldats et les policiers burundais ont une conscience, une
intelligence, des yeux et des oreilles. Et que chaque fois qu’on leur donnera
des ordres illégaux, absurdes et lâches, ils raidiront la nuque. Qui a autorisé
l’usage de la force armée ?
Le ministre Niyoyankana Germain devrait répondre aussi à cette question très
embarrassante car s’il n’y parvient le président de la république l’obligera à
démissionner ou à défaut le parlement devrait voter une motion de défiance
contre ce ministre zélé qui a autorisé l’usage de la force armée sans l’aval du
commandant en chef des Forces de Défense Nationale conformément aux articles 249
et 250 de la constitution de la République du Burundi (Article 249 : Dans les
limites déterminées par la Constitution et les lois, seul le Président de la
République peut autoriser l’usage de la Force Armée :
a) Dans la défense de l’Etat;
b) Dans le rétablissement de l’ordre et de la sécurité publique;
c) Dans l’accomplissement des obligations et engagements internationaux.
Article 250
Lorsque la force de défense nationale est utilisée dans l’un des cas cités au
paragraphe ci-dessus, le Président consulte officiellement les instances
compétentes habilitées et informe le Parlement promptement et de façon détaillée
sur :
a) La ou les raisons de l’emploi de la force de défense nationale;
b) Tout endroit où cette force est déployée;
c) La période pour laquelle cette force est déployée.)
Certes, Germain Niyoyankana a le droit de chercher à entrer dans l’histoire.
Mais il ne faudrait pas qu’il se trompe de calendrier. Le problème du Burundi ce
n’est pas Nyangoma, ce sont ces injustice accumulées, ces dénis du droit, ces
règles escamotées.
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