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Kinshasa, RDC, 2010-07-20 (Afrikcom) -
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Afrique : le martyre des "enfants sorciers"
Accusés de sorcellerie, certains enfants sont torturés pour les délivrer de leur
mal supposé
Source: Afrik.com
undi 19 juillet 2010
Jeunes orphelins, handicapés, prématurés, albinos mais aussi surdoués sont
accusés de sorcellerie dans le Bassin du Congo. Souvent, un pasteur ou un
guérisseur les maltraite pour extirper le mal prétendument en eux. Un rapport de
l’Unicef tire la sonnette d’alarme.
Mutilés, brûlés, tués, les enfants accusés de sorcellerie subissent un calvaire.
Les jeunes orphelins, handicapés, prématurés, albinos mais aussi surdoués sont
les plus touchés par ces croyances qui poussent leurs parents à les chasser du
foyer. Le nombre d’enfants accusés de sorcellerie augmente à mesure que faiblit
celui des personnes âgées dites sorcières. Ainsi, des milliers d’enfants „
sorciers « joncheraient actuellement les rues de Kinshasa et Lubumbashi en
République Démocratique du Congo (RDC) et d’Uíge et Luanda au nord de l’Angola,
indique un rapport de l’Unicef publié le 12 juillet. Le phénomène concerne le
Nigeria, le Libéria et la Sierra Leone, mais il se développe surtout dans le
Bassin du Congo [1] et concerne essentiellement les garçons. Selon Emilienne
Raoul, ministre des Affaires Sociales, de la Solidarité, de l’Action Humanitaire
et de la Famille en RDC, les filles ne représentent que 5&percnt des accusés.
Les enfants sorciers auraient le pouvoir d’agir à partir du monde invisible
d’une manière néfaste sur le monde visible. Ils provoqueraient la diarrhée, le
paludisme, la tuberculose ou le sida, et par conséquent la mort de leurs
victimes. L’Unicef a interrogé des enfants accusés de sorcellerie. Ainsi, Roger,
10 ans, explique „ Maman est partie très loin quand j’étais petit, je ne me
souviens plus. Papa était très faible… Sa nouvelle femme me battait et
m’accusait d’être un sorcier. Elle disait que je rendais papa malade. Elle m’a
chassé. « Les enfants-sorciers sont également accusés d’attirer les malheurs
tels que la pauvreté ou le chômage dans le foyer. Les albinos sont quant à eux
parfois tués au nom de croyances attribuant des pouvoirs bénéfiques à certaines
parties de leurs corps. Leur peau, leur langue, leurs mains, leurs oreilles,
leur crâne, leur cœur et leurs organes génitaux sont utilisés dans la
fabrication de potions et amulettes porte-bonheur en Tanzanie, au Burundi et en
Ouganda.
La guérison passe par la torture
Au nom de Dieu, les pasteurs‐prophètes des églises indépendantes, prophétiques
et pentecôtistes luttent contre la sorcellerie. Ils détectent les sorciers grâce
à des visions et proposent ensuite de les „ délivrer « contre une coquette somme
d’argent. „ Quand un enfant arrive ici, je vérifie d’abord l’état de son âme,
explique la prophétesse Maman Putu, de l’Eglise pentecôtiste Eben Ezer à
Kinshasa. Je suis non seulement prophétesse mais aussi visionnaire. Je commence
par prier avec l’enfant, ensuite je lui pose quelques questions sur ses rêves,
sur sa situation alimentaire. J’ai des repères, je perçois très vite si un
enfant est envoûté ou pas. « Le traitement „ spirituel « ne peut commencer que
lorsque la confession de l’enfant a été extorquée. „ Pendant trois jours, on n’a
pas eu le droit de manger ni de boire, explique Bruno, accusé de sorcellerie. Le
quatrième jour, le prophète a placé nos mains au‐dessus d’un cierge pour nous
faire avouer. Alors j’ai reconnu les accusations et les mauvais traitements ont
pris fin. « Les pasteurs proposent de délivrer l’enfant par des séances
extrêmement violentes. Glodie Mbete, âgé de 11 ans se souvient : „ Un pasteur
m’a brûlé le corps avec des bougies. Une autre maman prophète m’a couvert le
corps de drap rouge. Dans une autre église encore, on m’a versé dans les yeux de
la sève tirée d’un arbre. Cela piquait très fort. Le guérisseur avait dit que la
sorcellerie était partie. J’avais si mal aux yeux. « Si l’enfant survit à ce
traitement „ spirituel «, il sera stigmatisé comme étant sorcier et rejeté par
sa famille.
Certains médecins traditionnels prétendent aussi être capables de combattre les
forces occultes du monde invisible. Pour obtenir la confirmation du mal, ils
font ingérer de force aux enfants des potions à base de plantes toxiques qui
peuvent être administrées dans les yeux ou les oreilles. Ces procédés „
thérapeutiques « génèrent des vomissements ou des défécations qui sont
interprétés comme la preuve d’une présence sorcière ou comme celle de
l’efficacité du traitement. En République centrafricaine où la sorcellerie est
définie comme étant une substance dans l’abdomen de l’enfant, le médecin
traditionnel découpe le ventre de l’enfant avec un couteau non stérilisé et
ampute un petit morceau de son intestin, symbolisant la sorcellerie. Les enfants
sont ainsi „ nettoyés «.
Devant la multiplication des cas, les ONG se mobilisent contre la
marginalisation des enfants, accusant les dirigeants des Églises, les pasteurs
et certains médecins traditionnels de maltraitance et cherchent à réinsérer les
jeunes victimes. Le Comité pour la protection de l’enfant de la province de
Zaïre en Angola cherche ainsi à identifier rapidement les cas d’accusations de
sorcellerie et à trouver des solutions de réconciliation. Sur les 423 enfants
amenés dans le centre, 380 ont été réintégrés dans leurs familles.
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