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Burundi : les nuages s’amoncellent.
Par Ernest Banga
Depuis plus de trois ans, l’opposition
politique, la société civile et des organisations internationales dont l’Union
Européenne, ont attiré l’attention sur les risques d’élections heurtées au
Burundi. Le pouvoir du CNDD-FDD avait tellement posé des actes qui ne laissaient
aucun doute quant à leur volonté de gagner à tout prix la série
d’élections qui ont débuté le 24 juin 2010. De surcroît, la dernière législature
avait été marquée par soit des propositions de lois repoussées, soit des
nominations à des hautes fonctions refusées par le parlement. Cela était
insupportable par les anciens maquisards, „ néophytes de circonstance « en
matière de démocratie !
Il fallait non seulement gagner, mais
écraser l’opposition par tous les moyens. Et les opposants radicaux, empêcheurs
de tourner en rond, genre NYANGOMA, devaient absolument disparaître de la scène
politique.
Un coup de maître.
Les élections communales,
fondamentales pour les élections sénatoriales (les sénateurs sont élus par les
conseillers communaux) ne pouvaient échapper à la razzia du CNDD-FDD.
Le crime fut presque parfait :
1°) La
distribution de l’argent : Une Somme de 30 millions (environ 30 000 us$) était
prévue pour chaque commune et remise aux ténors locaux du parti. C’est
nuitamment que l’argent était distribué, jusqu’à
la veille du scrutin. Dans certaines communes où il fallait écraser un opposant
jugé trop gênant, comme en commune de Songa en province de Bururi, c’est une
somme de 65 millions de francs burundais qui fut débloquée !! La pauvreté
(probablement entretenue à dessein par le pouvoir) et l’immaturité politique
aidant, la population ne pouvait résister devant cette „ manne «. Certains
parlent de „ torrents « d’argents, d’autres disent que le parti au pouvoir
„ semait « les billets ! (L’on comprend maintenant pourquoi les salaires ne sont
pas payés jusqu’au 15 du mois !)
Cette corruption aurait également
concerné certains membres des démembrements de la CENI et certains mandataires
des partis.
2°)
L’intimidation : en même temps que l’on distribuait de l’argent, l’on menaçait
les récalcitrants de prison ou de mort.
3°) La coupure de
courant : Elle survint au moment où l’on débutait le dépouillement dans la
plupart des bureaux de vote, et dans d’autres, le scrutin se poursuivait malgré
l’heure tardive ! Cette coupure fut simultanée (peut être coordonnée !) dans
plusieurs localités qui ne sont pas branchées à un même réseau électrique. L’on
peut y voir la „ volonté de Dieu « ou la main de Satan, c’est selon !
4°) Les urnes
„ baladeuses« : dès le lendemain du scrutin la population a commencé à
découvrir, ici et là, des urnes encore scellées ou non : dans des salles de
classe, dans les buissons, dans des domiciles, dans
les cimetières, etc. Cela me rappelle un pays de l’Afrique Centrale où
les urnes contenant les véritables bulletins de vote étaient nuitamment
transportées par hélicoptères puis jetées en pleine forêt équatoriale.
Ils ont du génie nos chefs ; sauf
celui de développer nos pays !
5°) Absence des
procès verbaux : Dans certaines localités, il n’y a jamais eu de dépouillement,
et des urnes ont passé la nuit dans les domiciles de certains chefs de bureau.
Et les procès-verbaux ont été dressés, parfois signés le lendemain ou deux jours
plus tard par des mandataires des partis sous menace ou rendus bienveillants par
quelques billets de francs burundais.
Et pour désarmer les partis
d’opposition, aucune copie des procès verbaux ne leur fut remise, pourtant
un droit inscrit dans le code électoral.
Je ne reviens pas sur l’utilisation
abusive des biens de l’Etat à des fins de campagne électorale, ni sur la
propagande au profit du CNDD-FDD poursuivie jusque sur les rangs, où la
population attendait pour pouvoir voter.
6°) La complicité
de CENI : je peux comprendre que les observateurs occidentaux puissent „ ne rien
voir « de grave. Mais les membres de la CENI ont soit été tétanisés par une
couardise, soit par des intérêts inavoués. Qu’ils ne puissent pas voir de
l’argent distribué nuitamment cela se comprend ; qu’ils ne puissent pas
constater que la campagne a continué jusqu’au moment des élections, qu’ils ne
puissent pas constater que le dépouillement s’est fait soit dans un cafouillage
total ou n’a jamais eu lieu, cela relève d’une „ cécité « feinte.
Des conclusions hâtives des observateurs.
Devant l’absence de violence et
l’engouement de la population devant les bureaux de vote, les observateurs se
livrèrent à des discours dithyrambiques à l’endroit du pouvoir et de la CENI.
Je me suis toujours demandé pourquoi
les „ observateurs « n’accordent de l’importance qu’à la journée du scrutin.
Or, le scrutin peut être faussé à n’importe quelle étape. J’ai connu un pays où
c’est au moment de la proclamation que le scrutin a basculé. Le ministre de
l’intérieur chargé de proclamer les résultats, a laissé de côté ceux préparés
par la commission électorale, et a proclamé ceux concoctés dans „ les
laboratoires du tripatouillage « de son ministère. Et bien sûr ils étaient
totalement différents de ceux sortis des urnes.
Et au Burundi, les „ véritables «
élections communales du CNDD-FDD ont débuté au crépuscule, dans la grande
obscurité, facilitée par la coupure généralisée du courant électrique. Et
pendant ce temps, les fameux observateurs, après avoir exprimé leur
satisfaction, se reposaient tranquillement dans leurs chambres d’hôtels.
Certains représentants des pays occidentaux, comme le représentant de la
Belgique dans les Grands Lacs, l’ont fait avec tellement de zèle, qu’il y a
lieu de se demander s’il n’y a pas anguille sous roche.
Quand le lendemain, l’opposition a
commencé à protester contre les fraudes et irrégularités, c’était le disque rayé
que l’on a encore écouté : „ il y a certes eu quelques irrégularités, mais qui
n’entament en rein la crédibilité du scrutin. Les opposants manquent du
fair-play ; ce sont de mauvais perdants ! «.
Et le pouvoir, et la CENI ont jubilé ;
les bailleurs de fonds, les seuls qui comptent à leurs yeux étaient satisfaits.
Les opposants avaient beau protester c’était du vent !
Des recommandations tardives.
D’après le site
www.arib.info
en date du 16 juillet 2010, citant l’agence Xinhua, l’Union Européenne aurait
proposé pour un scrutin plus transparent, entre autres mesures, „ afficher des
procès-verbaux de dépouillement et des opérations électorales dans chaque centre
de vote, … et de donner aux mandataires de chaque parti et aux candidats en
compétition, la possibilité d’obtenir et de conserver un duplicata de ces procès
verbaux , etc. «.
Et sur le même site l’organisation
Eurac appelle à „ des élections législatives inclusives « au Burundi.
Pourquoi ces appels maintenant ?
Pourquoi ces appels au moment où les principaux partis d’opposition se sont déjà
retirés du processus électoral pour disent-ils, „ ne pas donner une caution
démocratique à une mascarade électorale « ?
En d’autres termes, à qui profiteront
ces recommandations, si elles sont observées ?
Je ne prétends pas avoir une réponse à
ces questions, mais je m’autorise trois hypothèses :
1°) L’Union
Européenne semble avoir des préférences au sein de l’opposition burundaise. Une
fois que, l’ „ opposition indésirable « est hors jeu, les élections doivent
maintenant être transparentes.
2°) L’Union
Européenne avoue à posteriori s’être trompée en donnant un satisfecit prématuré
lors des élections communales du 24 mai 2010. Mais dans ce cas, pourquoi
n’avoir pas fait ces recommandations au moment où la participation de l’ensemble
de l’opposition était encore possible. Etant donné son influence indéniable sur
nos dirigeants, sa pression aurait permis un dialogue entre la CENI et
l’opposition afin de trouver des solutions au différend qui les oppose.
L’opposition aurait peut être accepté de participer aux élections législatives
avec plus de garanties de transparence.
3°) Devant le
risque d’un retour à un conflit armé, l’Union Européenne voudrait dégager ses
responsabilités. Elle voudrait donner l’impression d’avoir tout fait pour que
des élections se passent correctement. Cela serait malheureusement une
hypocrisie, qui semble du rester guider la plupart des „ observateurs
internationaux «. Il s’agirait tout simplement histoire de se donner bonne
conscience !
Un avenir
obscur pour le Burundi.
Il ne s’agit pas ici d’être optimiste
ou pessimiste. Il s’agit de regarder la réalité en face.
D’une part, le CNDD-FDD, aura bientôt
le pouvoir absolu, avec une majorité écrasante au sénat et à l’assemblée
nationale : l’UPRONA ne pèsera pas très lourd, et le reste des partis qui
participeront aux élections législatives sont des partis alliés. Le parti au
pouvoir usera et abusera certainement de son pouvoir absolu. Il a montré par le
passé qu’il a très peu de considération pour les lois de la République et son
traité préféré en matière d’éthique politique semble être Le Prince
de Machiavel.
D’autres part, l’essentiel de
l’opposition n’aura plus de tribune officielle pour se faire entendre, elle
risque de se retourner vers la rue ou plus grave vers… le maquis.
Les arrestations de ces derniers jours
montrent déjà la tendance : le CNDD-FDD est prompt à recourir à la répression
tout azimuts. C’est encore le peuple qui sera la principale victime : la santé,
l’éducation, la justice seront mises entre parenthèses au profit de la
„ sécurité « ; mais la sécurité pour qui ?
Certainement pas pour les millions
des hutu, des tutsi et des twa. Ce sera pour la sécurité des nouveaux princes
qui nous gouvernent !
20 juillet 2010.