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Les élections de 2010 et la duplicité du pouvoir CNDD-FDD.

Frantz Buntu


Bujumbura, Burundi, 2010-01-24 (Burundi Réalité) - Untitled 3

Les élections de 2010 et la duplicité du pouvoir CNDD-FDD.

 

                                                                             Par Frantz BUNTU

 

 

              C’est connu, les hommes politiques promettent beaucoup et réalisent très peu.

C’est tellement vrai que certains n’hésitent pas à définir la politique comme „ l’art de mentir «.

Au Burundi, le néologisme populaire a créé des mots on ne peut plus éloquents :                      - „  ventriotes « c’est-à-dire les personnes qui font la politique du ventre , ceux qui ne conçoivent la politique qu’en fonction de leur intérêt personnel,

- „ distracteurs « pour désigner les politiciens qui passent le temps à distraire le peuple de ses préoccupations fondamentales.

Mais il faudra davantage d’imagination pour trouver un mot pour désigner le jeu politique du pouvoir CNDD-FDD.

Certes le Président NKURUNZIZA nous a habitué à une politique caractérisée par une grossière démagogie voulant faire croire aux burundais que leur pays est un paradis. Les soi-disant  soins gratuits et scolarité  gratuite en sont quelques unes des illustrations.

Mais cela reste un jeu d’enfant  en comparaison de ce que son parti est entrain d’orchestrer pour faire main basse sur les élections prochaines.

Une impeccable répartition des  tâches semblent avoir été orchestrée entre Nkurunziza, le Ministre de l’Intérieur et les instances du parti CNDD-FDD .

                                

Le rôle de NKURUNZIZA : rassurer et endormir l’opinion.

 

Dans ses discours,  NKURUNZIZA rassure, il promet des élections les plus transparentes jamais organisées au Burundi. Devant les interlocuteurs étrangers, il se veut le démocrate exemplaire .

 Dans son discours du 31 décembre 2007, il déclarait : „ … Nous travaillons de façon qu’elles se déroulent sans faille, de telle manière qu’elles soient meilleures que celles de 1993, meilleures que celles de 2005.

… A nos amis du Burundi qui sont restés à nos côtés, nous demandons de continuer, de venir nous donner leur coup de main dans la préparation et la conduite de ces élections… «

Mais les faits sont plus explicites et démentent malheureusement les dires.

La nomination de la Commission Electorale Indépendante fut laborieuse : d’abord le Président NKURUNZIZA nomma des personnalités fidèles parmi ses plus fidèles. C’est devant le tollé de la société civile, de l’opposition et des bailleurs de fonds qu’il fit marche  arrière et mit en place une commission consensuelle.

Très récemment, il a magnifié le déroulement des élections en Guinée Equatoriale où le Président OBIANG NGUEMA MBASOGO a été réélu avec un score proche des 100&percnt !

                          

Le rôle du Gouvernement : Torpiller le travail de la CENI et faire taire les voix discordantes.

 

Mais le travail de sape du processus électoral é été confié au gouvernement surtout au Ministère de l’Intérieur et au parti CNDD-FDD .

 

La première étape fut d’essayer de „  récupérer « les personnalités de la Commission Nationale Indépendante(CENI).

 Devant leur résistance , l’on passa à la deuxième étape qui consistait à  leur priver des outils de travail notamment les moyens financiers. Le Ministre de l’intérieur voulut gérer le budget de la CENI. Mais les bailleurs de fonds étrangers déclarèrent ne pas vouloir donner de l’argent qui risque de ne pas servir à sa finalité.

 

La troisième étape fut celle de vouloir limiter les prérogatives de la CENI notamment dans la constitution des commissions électorales provinciales.

 

La quatrième étape fut celle de renouvellement des cartes d’identité  nationale. Cette pièce capitale pour l’inscription sur les listes électorales devait être uniquement délivrée aux militants et aux sympathisants supposés ou avérés du parti au pouvoir.

Ce processus est toujours en cours, et les nouvelles ne sont pas bonnes. De nombreux citoyens burundais sont privés de leur droit d’obtenir une carte d’identité nationale car soupçonnés d’être des non proches du parti CNDD-FDD. Cela risque de conduire à la privation d’un autre droit fondamental : celui de désigner leurs dirigeants .

 

Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, le Ministre de l’Intérieur Mr  Edouard NDUWIMANA s’attaqua même à la société civile en interdisant FORSEC, un regroupement  de près de 150 organisations de mouvements associatifs. Pour ce super puissant ministre, rien ne doit lui résister  et sa mission semble être celle de faire taire toute voix critique à l’égard du pouvoir.

 

Le Ministre des Affaires Etrangères ne manqua pas de montrer son attachement au CNDD-FDD en faisant expulser le représentant des Nations Unies au Burundi . Ce dernier était accusé par les „ talibans « de ce parti de vouloir se substituer au Ministère de l’Intérieur comme le défendait gaillardement Mr Augustin NSANZE aux Nations Unies. Son tort semble être celui d’avoir manifesté son désaccord avec les manœuvres du pouvoir aux fins de maître main basse sur les élections.

 

Le rôle du parti : Diaboliser la CENI et terroriser la population

 

Une partie de sale besogne fut confiée aux instances du parti CNDD-FDD .

 

Leur premier sale boulot fut de diaboliser la CENI. Tous les ténors du parti se relayèrent sur les médias pour  traiter les membres de la CENI de tous les noms d’oiseaux. Pour le parti de Nkurunziza,  ces personnalités qu’il avait lui-même nommées  n’étaient d’autres que des militants des partis d’opposition.

 Il a fallu la détermination des membres de la CENI, le soutien de la communauté régionale et internationale pour voir cette campagne de diabolisation s’atténuer.

 

Le deuxième volet de ce sale boulot fut celui de mettre en place une milice qui ne dit pas son nom. En effet les jeunesses CNDD-FDD dites „ imbonerakure « ne sont rien d’autre qu’une milice avec ce que cela rappelle des autres milices tristement célèbres comme „ Interahamwe « au Rwanda, les SS nazis, les Ndjadjawids au Darfour, etc.

En effet, les miliciens du CNDD-FDD se livrent aux assassinats des  leaders d’opinions et des militants jugés très actifs de l’opposition dans des zones éloignées de la capitale, loin des  yeux des étrangers. Des armes notamment des pistolets munis de silencieux leur auraient été distribuées pour accentuer la terreur et obliger les citoyens à voter le CNDD-FDD.

Dans les plans diaboliques du think tank du parti, il est prévu 5 à 10 hommes armés sur chaque colline pour éliminer les militants de l’opposition les plus actifs et contraindre le reste de la population à voter le parti au pouvoir.

                                            Un pari très risqué.

 

 

 

La volonté du Président Nkurunziza de se maintenir au pouvoir par tous les moyens ne fait  plus aucun doute.

Une note qui lui est attribuée , rédigée en Kirundi, langue nationale, dans laquelle il explique aux militants qu’il n’est pas question de perdre le pouvoir au bout d’un seul mandat, circule sous manteau à Bujumbura.

Si le peuple burundais est las de la guerre, il n’empêche qu’il n’acceptera guère une quelconque forfaiture.

Les sacrifices consentis par l’ensemble de la population burundaise au cours de la guerre ont été motivés par une volonté farouche de sauvegarder les acquis des élections de 1993.

Le risque est donc grand de voir le pays basculer encore une fois dans la violence si la volonté du peuple est bafouée.

La Région des Grands Lacs est encore instable, et le Burundi ne tient malheureusement que sur un équilibre instable. Il suffirait de rien pour qu’il bascule dans le vide à la somalienne.

Nkurunziza et sa clique sont-ils prêts à en assumer la responsabilité ? Tout  laisse malheureusement à le croire.

 

 

                                                      Eviter le pire.

 

La première responsabilité incombe au peuple burundais lui-même. L’opposition politique, la société civile et les confessions religieuses doivent se mobiliser pour exiger le démantèlement de la milice Imbonerakure et le ramassage de toutes les armes détenues de façon illégale.

Certains hommes politiques doivent cesser de penser qu’ils pourraient tirer profit du chaos.

 

La deuxième responsabilité incombe aux responsables politiques de la Région des Grands Lacs. Ils doivent exercer la pression sur leur homologue burundais pour éviter que la déstabilisation  du Burundi ne replonge toute la région dans l’abîme des guerres transfrontalières et des hordes de réfugiés.

 

La troisième responsabilité revient à la Communauté Internationale. Les intérêts géostratégiques ne doivent pas être défendus au détriment des intérêts des dizaines de millions de personnes peuplant la Région des Grands Lacs.

L’Histoire tragique de cette région ne doit aucunement se répéter, … et aussi vite. Les  sept  à dix millions de personnes mortes dans les années quatre-vingt dix entre le Congo, le Burundi et Rwanda est non seulement une honte pour l’Afrique mais pour toute l’Humanité. Et les Grands de ce monde ne devront pas, cette fois-ci,  dire qu’ils ne savaient pas.

 Les discours de Nkurunziza (promettant des élections) n’est qu’un somnifère destiné à l’opinion, et pendant ce temps, son gouvernement et son parti préparent des élections à la Kenyane, à la togolaise, à la guinéenne, etc. Mais  si dans ces pays, la colère du peuple a été rapidement écrasée, rien n’est moins sûr quant aux burundais !

 

Faut-il en arriver là ?

 

                                                                                         Janvier 2010



 

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