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Les élections
de 2010 et la duplicité du pouvoir CNDD-FDD.
Par Frantz BUNTU
C’est connu, les hommes politiques promettent
beaucoup et réalisent très peu.
C’est tellement
vrai que certains n’hésitent pas à définir la politique comme „ l’art de
mentir «.
Au Burundi, le
néologisme populaire a créé des mots on ne peut plus éloquents :
- „ ventriotes « c’est-à-dire les personnes qui font la politique
du ventre , ceux qui ne conçoivent la politique qu’en fonction de leur intérêt
personnel,
- „ distracteurs « pour désigner les
politiciens qui passent le temps à distraire le peuple de ses préoccupations
fondamentales.
Mais il faudra davantage d’imagination pour
trouver un mot pour désigner le jeu politique du pouvoir CNDD-FDD.
Certes le Président NKURUNZIZA nous a
habitué à une politique caractérisée par une grossière démagogie voulant faire
croire aux burundais que leur pays est un paradis. Les soi-disant
soins gratuits et scolarité
gratuite en sont quelques unes des illustrations.
Mais cela reste un jeu d’enfant
en comparaison de ce que son parti est entrain d’orchestrer pour faire
main basse sur les élections prochaines.
Une impeccable répartition des
tâches semblent avoir été orchestrée entre Nkurunziza, le Ministre de
l’Intérieur et les instances du parti CNDD-FDD .
Le rôle de
NKURUNZIZA : rassurer et endormir l’opinion.
Dans ses discours,
NKURUNZIZA rassure, il promet des élections les plus transparentes jamais
organisées au Burundi. Devant les interlocuteurs étrangers, il se veut le
démocrate exemplaire .
Dans
son discours du 31 décembre 2007, il déclarait : „ … Nous travaillons de façon
qu’elles se déroulent sans faille, de telle manière qu’elles soient meilleures
que celles de 1993, meilleures que celles de 2005.
… A nos amis du Burundi qui sont restés à
nos côtés, nous demandons de continuer, de venir nous donner leur coup de main
dans la préparation et la conduite de ces élections… «
Mais les faits sont plus explicites et
démentent malheureusement les dires.
La nomination de la Commission Electorale
Indépendante fut laborieuse : d’abord le Président NKURUNZIZA nomma des
personnalités fidèles parmi ses plus fidèles. C’est devant le tollé de la
société civile, de l’opposition et des bailleurs de fonds qu’il fit marche
arrière et mit en place une commission consensuelle.
Très récemment, il a magnifié le
déroulement des élections en Guinée Equatoriale où le Président OBIANG NGUEMA
MBASOGO a été réélu avec un score proche des 100&percnt !
Le rôle du Gouvernement : Torpiller le travail de la CENI et
faire taire les voix discordantes.
Mais le travail de sape du processus
électoral é été confié au gouvernement surtout au Ministère de l’Intérieur et au
parti CNDD-FDD .
La première étape fut d’essayer de „
récupérer « les personnalités de la Commission Nationale Indépendante(CENI).
Devant
leur résistance , l’on passa à la deuxième étape qui consistait à
leur priver des outils de travail notamment les moyens financiers. Le
Ministre de l’intérieur voulut gérer le budget de la CENI. Mais les bailleurs de
fonds étrangers déclarèrent ne pas vouloir donner de l’argent qui risque de ne
pas servir à sa finalité.
La troisième étape fut celle de vouloir
limiter les prérogatives de la CENI notamment dans la constitution des
commissions électorales provinciales.
La quatrième étape fut celle de
renouvellement des cartes d’identité
nationale. Cette pièce capitale pour l’inscription sur les listes électorales
devait être uniquement délivrée aux militants et aux sympathisants supposés ou
avérés du parti au pouvoir.
Ce processus est toujours en cours, et les
nouvelles ne sont pas bonnes. De nombreux citoyens burundais sont privés de leur
droit d’obtenir une carte d’identité nationale car soupçonnés d’être des non
proches du parti CNDD-FDD. Cela risque de conduire à la privation d’un autre
droit fondamental : celui de désigner leurs dirigeants .
Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, le
Ministre de l’Intérieur Mr Edouard
NDUWIMANA s’attaqua même à la société civile en interdisant FORSEC, un
regroupement de près de 150
organisations de mouvements associatifs. Pour ce super puissant ministre, rien
ne doit lui résister et sa mission semble être celle de faire taire toute
voix critique à l’égard du pouvoir.
Le Ministre des Affaires Etrangères ne
manqua pas de montrer son attachement au CNDD-FDD en faisant expulser le
représentant des Nations Unies au Burundi . Ce dernier était accusé par les
„ talibans « de ce parti de vouloir se substituer au Ministère de l’Intérieur
comme le défendait gaillardement Mr Augustin NSANZE aux Nations Unies. Son tort
semble être celui d’avoir manifesté son désaccord avec les manœuvres du pouvoir
aux fins de maître main basse sur les élections.
Le rôle du
parti : Diaboliser la CENI et terroriser la population
Une partie de sale besogne fut confiée aux
instances du parti CNDD-FDD .
Leur premier sale boulot fut de diaboliser
la CENI. Tous les ténors du parti se relayèrent sur les médias pour
traiter les membres de la CENI de tous les noms d’oiseaux. Pour le parti
de Nkurunziza, ces personnalités
qu’il avait lui-même nommées
n’étaient d’autres que des militants des partis d’opposition.
Il a
fallu la détermination des membres de la CENI, le soutien de la communauté
régionale et internationale pour voir cette campagne de diabolisation
s’atténuer.
Le deuxième volet de ce sale boulot fut
celui de mettre en place une milice qui ne dit pas son nom. En effet les
jeunesses CNDD-FDD dites „ imbonerakure « ne sont rien d’autre qu’une milice
avec ce que cela rappelle des autres milices tristement célèbres comme „ Interahamwe «
au Rwanda, les SS nazis, les Ndjadjawids au Darfour, etc.
En effet, les miliciens du CNDD-FDD se
livrent aux assassinats des leaders
d’opinions et des militants jugés très actifs de l’opposition dans des zones
éloignées de la capitale, loin des
yeux des étrangers. Des armes notamment des pistolets munis de silencieux leur
auraient été distribuées pour accentuer la terreur et obliger les citoyens à
voter le CNDD-FDD.
Dans les plans diaboliques du think tank du
parti, il est prévu 5 à 10 hommes armés sur chaque colline pour éliminer les
militants de l’opposition les plus actifs et contraindre le reste de la
population à voter le parti au pouvoir.
Un pari très risqué.
La volonté du Président Nkurunziza de se
maintenir au pouvoir par tous les moyens ne fait
plus aucun doute.
Une note qui lui est attribuée , rédigée en
Kirundi, langue nationale, dans laquelle il explique aux militants qu’il n’est
pas question de perdre le pouvoir au bout d’un seul mandat, circule sous manteau
à Bujumbura.
Si le peuple burundais est las de la
guerre, il n’empêche qu’il n’acceptera guère une quelconque forfaiture.
Les sacrifices consentis par l’ensemble de
la population burundaise au cours de la guerre ont été motivés par une volonté
farouche de sauvegarder les acquis des élections de 1993.
Le risque est donc grand de voir le pays
basculer encore une fois dans la violence si la volonté du peuple est bafouée.
La Région des Grands Lacs est encore
instable, et le Burundi ne tient malheureusement que sur un équilibre instable.
Il suffirait de rien pour qu’il bascule dans le vide à la somalienne.
Nkurunziza et sa clique sont-ils prêts à en
assumer la responsabilité ? Tout
laisse malheureusement à le croire.
Eviter le
pire.
La première responsabilité incombe au
peuple burundais lui-même. L’opposition politique, la société civile et les
confessions religieuses doivent se mobiliser pour exiger le démantèlement de la
milice Imbonerakure et le ramassage de toutes les armes détenues de façon
illégale.
Certains hommes politiques doivent cesser
de penser qu’ils pourraient tirer profit du chaos.
La deuxième responsabilité incombe aux
responsables politiques de la Région des Grands Lacs. Ils doivent exercer la
pression sur leur homologue burundais pour éviter que la déstabilisation
du Burundi ne replonge toute la région dans l’abîme des guerres
transfrontalières et des hordes de réfugiés.
La troisième responsabilité revient à la
Communauté Internationale. Les intérêts géostratégiques ne doivent pas être
défendus au détriment des intérêts des dizaines de millions de personnes
peuplant la Région des Grands Lacs.
L’Histoire tragique de cette région ne doit
aucunement se répéter, … et aussi vite. Les
sept à dix millions de
personnes mortes dans les années quatre-vingt dix entre le Congo, le Burundi et
Rwanda est non seulement une honte pour l’Afrique mais pour toute l’Humanité. Et
les Grands de ce monde ne devront pas, cette fois-ci,
dire qu’ils ne savaient pas.
Les
discours de Nkurunziza (promettant des élections) n’est qu’un somnifère destiné
à l’opinion, et pendant ce temps, son gouvernement et son parti préparent des
élections à la Kenyane, à la togolaise, à la guinéenne, etc. Mais
si dans ces pays, la colère du peuple a été rapidement écrasée, rien
n’est moins sûr quant aux burundais !
Faut-il en arriver là ?
Janvier 2010